|
Les six familles
traditionnelles de bouchers
... sans
oublier les autres
|
| |
Cibot,
Juge, Malinvaud, Parot, Plainemaison et Pouret : dans l'ordre
alphabétique, ce sont "les six familles traditionnelles" de la
boucherie à Limoges. Six familles qui, à partir du XViIIe siècle, monopolisent
quasiment sans partage l'activité de la boucherie dans notre ville.
"Quasiment", car dans la Cité et au faubourg du
Pont-Saint-Martial subsistent jusqu'à la Révolution quelques
autres lignées, indépendantes et plus modestes : Beneyton, Morange, Promeyrat,
Salignat, Delage, etc.
"Quasiment", parce que, aussi, de nouvelles familles s'implantent
avec le développement urbain du XIXe siècle :
Glangeaud, Papon, Magnaud, Labrune, etc.
*
* *
|
| |
Jusqu'au XVIIe
siècle, de nombreuses lignées se partagaient l'activité bouchère. Les premières
mentions explicites de bouchers dans le Château de Limoges remontent
au XIIIe siècle. En 1252, Mathieu Botin est
cité, puis, en 1269, il est question d'un certain
Macias lou Sagnador, Mathieu le saigneur ; mais on
ignore si le dernier terme, occitan, est le patronyme ou la
profession.
Du
XIVe au XVIIe siècle, de nombreuses autres familles sont bien attestées
:
> celle
appelée d'Aixe (sans doute d'après le nom de la ville
proche de Limoges) est suivie de 1410 à 1689.
> Une lignée
Aucoussoulx est mentionnée entre 1450 et 1535.
> Les descendants d'un certain
Bardet, signalé en 1270, apparaissent épisodiquement jusqu'en
1383.
> Une importante famille est celle
des Bardinet, entre 1442 et 1680. > A
partir de 1410 sont cités les Benoit, alias
Beneyt. Après 1586, accèdant à la bonne bourgeoisie
limougeaude, ils abandonnent le métier de la boucherie. >
Les Botin apparaissent en 1252, on n'en trouve plus trace après
1512.
> De nombreux actes mentionnent des
représentants de la famille Celier de 1361 à 1574.
> En 1639 sont cités pour la
dernière fois comme bouchers des Farne, lignée apparue en
1490.
> Les Grégoire
figurent comme bouchers de 1400 à 1588.
> Entre 1394 et 1535, on relève
quelques mentions de la famille Lenoir.
> Quelques documents identifient une
lignée Paba entre 1331 et 1425.
> Des Pozoul, ou
Pouzoulx, signalés dès 1497 dans le Château, rue des
Combes, se retrouvent jusqu'au XVIIe siècle comme bouchers du faubourg
du Pont-Saint-Martial.
> Il y a aussi la famille
Reynaud ou Raynault, de 1361 à 1639 ; au
moyen-âge, elle semble jouir d'une position privilégiée au sein de la boucherie
locale. > Une autre importante famille bouchère est celle
des de Verthamond ou Verthamont ; on la
connaît à partir de 1327, mais, après 1588, elle abandonne la boucherie
pour parvenir à la haute bourgeoisie locale.
|
| |
En fait, il y
a des liens étroits entre ces familles. D'une part il y a une forte endogamie
professionnelle. D'autre part, les patronymes distinguent des lignées
d'une même souche : par exemple, la famille Parot descend,
à partir de 1535, des Reynault ; et, de la même façon, en 1490
dérive de ces derniers la lignée des Farne, dont une
branche donne, à partir de 1575, la famille
Juge. Un tableau résume ces
évolutions.
*
* *
Jusqu'au
début du 20e siècle, les bouchers étaient, à de très rares exceptions
près, tous domiciliés dans la rue de la
Boucherie, l'ancienne rue Torte. Les ''six familles
traditionnelles'' se distinguaient du reste de la population limougeaude
par la foi catholique vive, une forte
endogamie traditionnelle et l'usage généralisé des
surnoms.
Ces
''chaffres'' (en langue limousine lou chaffre signifie le
surnom) permettaient en principe de distinguer des homonymes
parfaits : l'enfant nouveau-né était en effet souvent baptisé du prénom de
son grand'père désigné comme parrain ; mais, très souvent, les "chaffres"
devenaient héréditaires, et des désignations secondaires s'imposaient
alors : "l'aîné", "le jeune", etc.
Que
signifiaient ces surnoms ? Certains peuvent sembler à première vue évidents : un
"Sans-Quartier" pouvait être un marchand en gros ; au XIXe siècle, un
"Canonnier" ou un "Capitaine" pourraient avoir fait les
guerres de la Révolution et de l'Empire. "Nasplat" désigne soit un
boucher au petit nez, soit, par dérision, celui qui avait un grand nez. Et bien
des appellations restent énigmatiques : "Goudindaud", "le
Jalat", etc.
|
| |
Beaucoup de ces
surnom sont en langue limousine, la langue usuelle dans la Boucherie limougeaude
jusqu'au début du XXe siècle : le "bureau" est le sombre, le tanné,
"rebeineix" signifie le roitelet (oiseau), etc.
Ce phénomène des
surnoms était très fréquent jusqu'au XVIIe siècle dans tout Limoges et au-delà,
mais, tombé en désuétude ailleurs, il s'est maintenu dans la Boucherie
limougeaude jusqu'au XXe siècle. Et il arrive encore aujourd'hui que,
parfois, les confrères attribuent à tel ou tel confrère
un ''chaffre'', en toute amitié et avec son accord.
Nous vous
proposons la liste des bouchers de Limoges en
1863 ; elle illustre ce que nous venons de décrire : importance des six
familles traditionnelles, monopolisation de l'activité bouchère, concentration
dans la rue de la Boucherie, usage des ''chaffres''.
|
| |
Alors, vous
trouverez quelques renseignements sur les "six familles
traditionnelles" dans ces pages. Bien évidemment, celles-ci sont appelées à
se développer au fil du temps.
* *
*
Voir Jean LEVET, "Mille ans rue
Torte - petite histoire de Messieurs les Bouchers de Limoges", Renaissance du Vieux Limoges édit. Limoges,
1977.
|
| | |
|
|